Chacun son Everest …

Publié le 7 Octobre 2014

Aux dernières nouvelles, la gardienne de Leschaux flamberait dans Chamonix au volant d’un superbe Porsche Cayenne full options … Et oui ces derniers temps, réserver une couette au refuge est aussi simple que d’aller voir U2 en backstage. En temps normal, c’est nettement plus calme, on est plus sur du Patrick Juvet voire François Feldman en cas d’avis de tempête. Car en temps normal, cette montagne fait PEUR et rares sont les prétendants à la prestigieuse face nord. Mais à la faveur de conditions exceptionnelles, c'est l'hystérie là haut avec une centaine de personnes par jour les week-end ! Chacun y va de sa contribution : un speed climbing et une descente sous voile par ici, des torchages quasi presliens de la face par là ...

 

A force de voir passer des CR de jeunes effrontés qui ne respectent même pas cette vieille dame, tu aurais presque envie d’y aller dans cette face nord. Enfin bon, les grandes Jorasses, c’est pas pour tout de suite … C’est peut-être même pour jamais d’ailleurs … Ceci étant, Montagne Plaisir te propose de revenir dans la vraie vie, dans un monde où tu laisses passer les retraités à la poste, où tu marches pas en dehors des clous. Du bon vieux classique où tu te fais pipi dessus au pied des difficultés, où tu craches tes poumons à chaque coup de pioche. Bienvenue dans le monde merveilleux du normal climbing ©.

Chacun son Everest …

Pour l’occasion, nous ressortons des cartons un vieux projet pas trop long / pas trop dur : le macho direct au Tacul. Honorablement placé à la 63 ème place dans le Batoux et surtout à une toute petite heure de la benne, celui-ci est donné en 5 heures : au poil ! Enfin, les horaires de Batoux en mixte, faut s’en méfier largement autant que ceux de Rébuffat en rocher. Et puis en glanant des infos par ci par , deux longueurs semblent vraiment sortir du lot ... Cependant, Greg a des news rassurantes alors c’est tipar pour une blitzkrieg là-bas. Fix et JB iront quant à eux, trainer leurs pioches dans le cirque du Maudit.

Chacun son Everest …
Chacun son Everest …

L’approche en descente est menée au pas de course et nous voilà rapidement au pied des hostilités. Nous dénivelons alors un bon 400 mètres avant d’arriver à l’embranchement du direct. Au programme, un solide (pas tant en fait) grade 5, 4000 mètres au-dessus de Saint Malo. Avec mon acclimatation proche du japonais summitant l’aiguille du midi ça va pas être de la tarte …

Chacun son Everest …

Dans la colonne, le mauvais feeling se précise : ce mélange de neige/glace foireux demande un swing délicat et les broches posées semblent aussi peu fiables que le SAV d’alltriks … Tous les voyants passent gentiment à l’orange foncé, Bon dieu j’aime pas ça … Pour ne rien arranger, la mer de nuage nous enveloppe et l’ambiance devient glauque à souhait : Enjoy !

Néanmoins j’avance, certes lentement, mais j’avance. Il faut assurer chaque ancrage, rester calme, gérer le niveau de lactate dans les avants bras et brocher intelligent. Cerise sur le gâteau, un insidieux spindrift m’oblige à de nombreuses pauses : en gros c’est Bagdad ici, je me régale. Une bonne demi-heure de combat plus tard, je teste le dernier réta léger dévers et constate que les ancrages sont cette fois-ci bétons : Alléluia !

 

Chacun son Everest …

Blotti sous le surplomb, j’attends l’accalmie et ne tarde pas m’extraire de ce chantier : Re-Alléluia ! Après avoir bricolé un relai broches/nomics un tout petit peu moins Alléluia, la pression peut retomber. Le futur guide me rejoint et enquille la suite. Putain c’est long 800m ! Mortellement long … Oui mais la sortie se précise, enfin. Evoluant à côté d’une meringue glacée aux formes voluptueuses, nous atteignons l’arête faitière non sans une émotion particulière, celle des « belles courses ». Autour de nous, les nuages donnent une perspective incroyable au tableau et avec ces lumières automnales, y a pas à mégoter, c’est magique.

Chacun son Everest …
Chacun son Everest …

Comme la nature est bien faite, la VN du Tacul nous pose rapidement au bivi. WTF ?? Un bivi à deux pas d’un refuge où c’est la teuf ?? Faut dire que ça remonte quand même facile 30 mètres pour aller crécher aux Cosmiques. Et puis c’est sympa de temps en temps un bon bivouac, ça permet d’apprécier la couette, l’eau chaude et tous ces petits riens auxquels on a tendance à s’habituer un peu trop vite. Le repas dégommé, nous ne tardons pas à voir rappliquer les deux zozos après une possible first ascent au maudit. L’alti de JB annone un petit -8°C : buonanotte !

Le lendemain, au soleil, nous plions tranquillement les affaires avant la remontée la plus pénible de l’univers. Descente du Cham et pan : un bon bélouga supplément steak frites. Encore un truc qui contraste bien après le pâté William Saurin de la veille … Vraiment classe ce macho direct, vraiment classe … C’est pas les grandes vorasses mais bon ... A chacun son Everest !

Rédigé par Fabrice

Publié dans #montagne

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Desperate Housewive 08/10/2014 16:04

La classe à Dallas !

Macho 08/10/2014 10:58

Le nom de la voie était bien en adéquation avec les participants ! Man Green Power ;-)

JM 08/10/2014 11:57

Pas forcément green power, plutôt:
https://www.youtube.com/watch?v=ajVF_BF0a-0