Sur un rail …

Publié le 22 Octobre 2014

En 2013, si la sortie annuelle avec Monsieur Bernaud avait été annulée pour cause de cheville en mousse, aux dernières nouvelles, Monsieur Morell ne m’aurait toujours pas donné d’excuses valables pour 2011 et 13. Ben ouais, ces dernières piges, plus de chance de chopper Ebola que de grimper avec le garde-barrière annécien : tout simplement inacceptable !

 

Mais 2014, octobre en fait, est à marquer d’une pierre blanche : alignement parfait de Mercure, Saturne et Jupiter ; Oh my God, c’est complètement amazing ! Bref, Pierre sera sur-encadré pour cette sortie: un vrai guide et … un faux guide, polonais ou tchécoslovaque, on ne sait pas trop. D’après les kandiratons, il boiterait dans Cham’ de bars en bars, soûlant tout le monde avec un enchaînement de quatre 5.2 quasi-mythique … Quasi-mythique !!

Sur un rail …

Mais revenons à nos moutons. Rappel du concept ; une belle arête automnale faisant bonne presse sur C2C. Et je dois dire que cette saison lumineuse rend ce genre de classiques particulièrement savoureuses. D’habitude sur-fréquentée, Il faudra juste accepter une attaque matinale et s’accommoder du début d’onglée qui va avec. Le reste n’est que luxe, calme et volupté … Ah oui, j’oubliais, direction la Suisse et les écandies !

 

Malins, nous effectuons la route la veille car si l’iso est fichtrement haut pour un 18 octobre, le dérèglement climatique n’a toujours aucun impact sur la durée des jours. Annecy nord, nous retrouvons un homme fatigué assailli de questions existentielles : ambiance France culture dans la 206 et … dans la tente. Nico s’allonge sur son divan Thermarest et continue à philosopher. Pierre est quant à lui aux prises avec des rêves bizarres à base d’attaques de chèvres. Une fois n’est pas coutume, je dors comme un loir. Un seul cauchemar vers 5h45 où je crois entendre un réveil. A ben non, merde, faut se bouger et sans regret, nous quittons ce squat labellisé Blair Witch. La marche d’approche est avalée au pas de course. Nous voilà à pied d’œuvre, sous la fissure d’attaque, plutôt frisquette : l’onglée est elle aussi validée. A partir de maintenant, si c’est pas l’orgie, je fais un putain de scandale ! Patience …

Sur un rail …
Sur un rail …

… Entre ombre et lumière, entre glacier et mélèzes, nous déambulons avec une nonchalance pleine d’à-propos. Un petit gendarme escaladé par ici, un topo mal lu et un pinacle snobé par là. De temps à autres, une petite claque dans une fissure ... Mouais, une bonne grosse torgnole en fait ! Puisqu’on veut faire les beaux gosses, on a gardé les grosses. Et le 5+ en grosses à Chamonix, attention lieu commun : c’est pas évident, tout comme jouer du violon avec des gants de boxe pour reprendre Coluche. Autre difficulté à signaler : le saut de l’ange. Il sera réalisé en beau style, sans trembler : pas dur, c’est sûr, mais sûr que si tu te plantes, ça tapera dur…

Sur un rail …
Sur un rail …

Rapidement nous voilà au sommet Sud. Les conditions quasi estivales invitent à une pause saucisson/tabac/bronzette : triptyque parfait. Il n’est que deux heures trente lorsque nous atteignons la brèche médiane marquant la fin de la première partie. La suite, certes moins sexy, nous tend les bras et comme on aime le travail bien fait, on s’y colle sans renâcler. Cela dit, une longueur terreuse au rocher chipseux me fait presque regretter ce choix : téléportation immédiate dans les pires contrées de l’Oisans sauvage. De retour sur le fil, encore quelques petits pas et nous voilà à contourner largement les gendarmes. Fin de la traversée sous la fenêtre d’arpette.

Sur un rail …
Sur un rail …
Sur un rail …

Cette intégrale représente déjà une belle entreprise, ludique mais surtout complète : toute la boite à outils de l’alpiniste est passée en revue : rasoir, fissures, renfougne, verrou, assurage à l’épaule, en mouvement et j’en passe ! Et pour terminer sur une allégorie digne du mec le plus aware qui soit: même si on est sur un rail, c’est vraiment varié : des hauts, des bas, des choix à faire, toujours, plusieurs variantes possibles … Putain, tu en veux encore ?? Allez va, c’est cadeau …

Sur un rail …

Le monde est composé de flèches et de molécules, et d’électricité, comme le Big Bang tu vois, et tout ça, ça forme, l’univers.

Jean Claude Van Damme

… Pouah, il est sidérant le garçon, pas facile d’enchainer sur les propos de ce cerveau d’exception. Mais voilà, c’est fini, coché, plié. On a fait le tour du cadran mais pas forcément celui de la question. Rendez-vous donc dans un an ou quatre ans ? Ça fera pas quinze ans c’est sûr, mais la valeur n’attend pas le nombre des années parait-il.

Sur un rail …

En alpinisme tout est affaire de montagnes quand elles sont belles, et de compagnons quand ils sont bons. Des deux éléments réunis naissent des moments de vie intenses entre l'art et l'ordinaire, entre le luxe et la variété.

Dominique Radigue

Rédigé par Fabrice

Publié dans #montagne

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Commenter cet article

ju 25/10/2014 20:04

Ouais, pareil, j'aime!

JB 25/10/2014 19:07

Comme d'hab, de la qualité, des liens d'une autre galaxie ! La grande classe !

Nico 23/10/2014 10:07

Piquante cette maj qui me fait retomber au fond du spleen; tt est à reprendre! Sauf le texte de Fab qui s'est à mes yeux mélangés avec les plus belles citations (sauf celle trop aware).
Et puis coup de chapeau à M.Bernaud qui avec son seul entrainement de pédale (73 évidemment), à qd même bien verrouillé les avants bras!
Merci Fab pr l'accueil!