Côté Pelvoux !!

Publié le 7 Décembre 2015

Début Novembre, un anticyclone est vaché sur les alpes depuis un mois, bien décidé à faire chanter du Joe Dassin à Evelyne Délia tous les jours. Le problème est qu’il est aussi bien décidé à plier les gaules la semaine prochaine … Dès lors, il serait navrant de louper ce créneau «grande course  mixte» ! L’automne étant clairement la saison pour ce type d’entreprises : approches pas trop galères, neige couic’ dans les faces mais revers de la médaille, des jours pas si longs et un éloignement plus marqué qu’à l’accoutumé. Cette année, c’est moins la folie mais quelques trucs sont plutôt bons, dont la Pschitt : une belle ligne perdue dans les cartons, tout au fond … Et pourquoi  ça ? Ben elle est aussi perdue tout au fond du glacier noir. Et dans ce massif des Ecrins, tout se mérite ; la carte bleue ne permet pas de se déplacer plus vite que Jornet. Il faut donc marcher longtemps, 5h en fait avant de s’envoyer 700 mètres de face (sans oublier une descente technique de 4h+3h). Bref, de la RTT qui compte double ! Et puis ici, pas de 4G, ni même une petite barre de réseau en cas de pépin …

Côté Pelvoux !!

L’occasion faisant le larron, DavidJ himself viendra compléter la cordée du Viso, c’est-à-dire JB et votre serviteur. D’un point de vue stratégie, nous optons pour une blitzkrieg light, c’est-à-dire avec nuit au Sélé, de peur de perdre complètement l’agrément montagne-plaisir. Alors en voiture Simone ! Un macdal plus tard et nous poussons la porte du refuge Cézanne pour une courte nuit. Vers 2h, le réveil nous tire de la couette où nous faisions un peu semblant de dormir. Il s’agirait de ne pas trop réfléchir à la suite qui s’annonce longue comme un jour sans pain … Et pourtant du pain, nous en avons sur la planche !

Rapidement, nous remontons la moraine ; dorsale abrupte conduisant aux balmes de François Blanc, là où une sente permet de prendre pied sur le glacier noir. Ambiance magique, il est cinq heures … Par ici, tout est noir, opaque, il n’y a pas de lune. Quelques volutes de neige bousculées par le vent donnent vie à ce décor figé : winter is coming … La nuit semble interminable tout comme cette putain d’approche … Enfin, c’est peut-être aussi parce que j’avance pas : fatigué, je me traine, l’impression de tirer une caravane. Pourtant à trois, le sac est quand même pas bien lourd et puis le seul truc qui me tire, c’est la corde ... Et dans le bon sens ! Délivrance, vers 7h, le petit jour coïncide avec notre arrivée au pied des hostilités, pour moi, alpiniste pantouflard, heu je veux dire chamoniard, le plus dur est fait. Nous nous octroyons alors une pause salvatrice à base de thé et diverses sucreries. La petite onglée réglementaire négociée, je règle les darts, range le rack de matos et attaque cette face nord de l’ailefroide …

Côté Pelvoux !!
Côté Pelvoux !!

… 10 ans ont passé depuis le groupe espoir ! Tous les jeunes padawan du caf Chambé ont pris leur envol (certains plus que d'autres). Bien avant que celui-ci ne sombre du côté obscur de la force en proposant notamment des sorties jeux de plateau ;) 10 piges donc, mais toujours un peu l’impression de repasser le permis avec David sur la corde ;) A vrai dire on est jamais à l’abri d’un bon gros fauchage du professeur. Mais revenons à nos moutons ; le début cruise grave, puis quelques passages réveillent gentiment un grimpeur dans le coltard : la petite chatière, ludique, un mur vertical en sucre (pas ludique) puis une longueur XXL franchement raide où j’épuise rapidement mon stock de vis. Belay ! Le représentant de l’ENSA jette un regard inquisiteur sur mon relai : un couplage monobroche/monik, du grand art… minimaliste. Trêve de considérations techniques, je repars et négocie le dernier passage tricky avant de faire monter le cardio dans les pentes de neige sommitales. Note, fidèle lecteur que cette goulotte est diablement belle et surtout variée ! Genre pas le rail monotone où tu enchaines machinalement les mêmes gestes.

Côté Pelvoux !!
Côté Pelvoux !!

Je prends mon temps pour grimper, protéger correctement et puis on a le temps bordel. A présent, la sortie est dans le viseur, défendue par une longueur déliquescente++. Se faire léger … Au bout de 50 mètres, je pose mon dernier relai sur du rocher bien chaud, le silence est absolu. Rapidement, le regard se perd dans le paysage … En face la barre des écrins défendue par son puissant pilier sud, à gauche en embuscade la Meije, toujours belle gosse, puis dans le désordre, Bans, Mont-blanc, Matterhorn, Agneaux et Viso. A chaque fois, c’est le même kiff, putain, on est à 3h de route de la maison et j’ai l’impression de regarder une autre planète. J’ai beau chercher, je vois pas ce qui arrive à la cheville d’un spectacle pareil. Rapidement mes deux acolytes me rejoignent, JB est aux anges, David me lâche un laconique :

T'as bien grimpé ... Mais on a perdu une heure !!!

Grand manitou es abalakov

Côté Pelvoux !!
Côté Pelvoux !!

Passés ces moments hors du temps, nous embrayons sur la descente qui sans être franchement pénible est un peu délicate : des rappels, de nombreux passages scabreux, des manips. Il faut rester efficace ! Et peu avant 18h, nous poussons la porte du Sélé, légèrement décalqués. Décalqués mais heureux. Nos maigres provisions sont alors rapidement dégommées et nous nous endormons comme des masses sous nos tas de couvertures. Samedi, la paisible descente sur Ailefroide est une formalité. Et à mesure que nous perdons de l’altitude, peu à peu, l’atmosphère se réchauffe, quel délice ! On croise même quelques personnes. Pourtant, le retour à la civilisation laisse un goût amer dans la bouche … La bière tant convoitée n'y changera rien …

Côté Pelvoux !!

Rédigé par Fabrice

Publié dans #montagne

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Le photographe parkinsonien 08/12/2015 08:57

Au top de la MJ