La Grande Traversée des Alpes !

Publié le 5 Juillet 2016

Mercredi, 16 heures et des brouettes, j’en finis avec les derniers hectomètres de l’Izoard. Le coup de pédale est douloureux, carré, à la manière d’un Indurain en fin de règne : lâché par sa forme, ses médecins, rattrapé par la gravité et obligé de trainer sa lourde carcasse sur le serpent d’asphalte impitoyable. L’Izoard donc, ce col aussi majeur qu’inutile me hurle que le vélo est un sport qui fait mal … Putain enfin le sommet … Sisyphe est tarté mais content. Le shoot d’endorphine associé à ce col d’exception nous donne le sourire. Et maintenant, voilà que cette même gravité nous pousse sur la casse déserte, un petit coup d’index de temps en temps pour calmer le jeu et surtout le plaisir d’enrouler ces virolos perchés au-dessus d’Arvieux ... Le vélo est un grand sport !

La Grande Traversée des Alpes !

Cette GTA, tous les printemps, c’est un leitmotiv qui revient sur la table depuis que la pédale 73 a investi dans le bike packing. Une douce rengaine qui invite, dès la fonte des neiges, à partir bosser le foncier dans le Granier ou le relai. Et cette année, si Benji est affuté comme une lame japonaise, de mon côté, on est plus sur le tranchant d’un couteau en plastique. Et oui, l’autre membre de la pédale, n’a pas fait le métier : rien à voir avec mon niveau de l’étape du tour. Là, Poupou n’est pas prêt d’inquiéter le vainqueur de l’échappée belle. Poupou va certes être second mais c’est bien parque qu’on n'est que deux ! L’objectif est donc « juste » de terminer proprement cette King Line. C’est un fait, la consultation des forums de cuisine ou de rénovation n’améliore en rien la VO2 max.

5 jours sont prévus pour rallier les eaux du lac Léman à la grande bleue. Au début, j’avais prévu quatre, bâclant une dernière étape Jausiers - Nice. Celle-là, même en grande forme aurait fait des dégâts je pense. En 5 jours, ça fait en gros deux ascensions par étape. C’est clairement moins challenge mais amplement suffisant pour chatouiller son fighting spirit. Point positif voir exceptionnel, la semaine est annoncée belle et au vue des quantités de flotte tombées depuis ce printemps, cela tient du miracle.

La Grande Traversée des Alpes !

Lundi 6h00, les mollets rasés de près et la gueule un peu enfarinée, nous prenons le café. Le billet de train composté et nous embarquons illico dans le TER en direction de Thonon. Pour l’occasion, Guillaume nous accompagnera sur cette première étape. D’emblée, Le 74 ne nous emballe pas : pas franchement sexy cette finition béton/pylônes ... En fait, tout commence en haut de la Colombière. Le paysage s’ouvre sur les combes, la Pointe Percée: le spectacle devient lumineux.

Nous voici donc tous les trois à la Clusaz sous un beau et franc soleil. Webmontagne rentre sur Annecy alors que nous prenons la route du col des Aravis à bon train. La Giet’ est à présent dans le viseur quand stupeur, une corvette manque de faucher le futur vainqueur de l’UTMB, le voilà qui pique une crise d’insulltes typique d'un syndrôme Gilles de la Tourette, seule une pinte de Leffe le calmera.

La Grande Traversée des Alpes !

Le lendemain, la chauffe est plutôt tranquille dans ce col des saisies. Au calme, à la fraiche c’est le panard. Mais au programme de l’après-midi, ça va pas être la même dans la madeleine. Un col interminable et surtout diablement casse-pattes. Passé Celliers, j’ai des douleurs qui apparaissent de partout, le doute s’installe et j’ai bien le temps de cogiter durant les 25 km de cette grimpette hors catégorie. Merde, est-ce que la mécanique va tenir ? Nous verrons bien ... Reste encore 30 bornes de route dégueu et nous stoppons à Saint Michel de Maurienne devant l’hôtel du Galibier, un hôtel tristifiant. La salle sent bon le formol : une corvette à néons, un portrait d’Elvis … Tout le charme désuet d’un rêve américain coincé entre la nationale et le chemin de fer. Sans oublier le kitchissime panneau « rue de la soif » qui trône fièrement au-dessus du bar. Putain, pas prêt de faire péter les 5 étoiles sur trip advisor ! Les autochtones ne nous ont pas non plus donné envie d’engager un débat géopolitique sur le Brexit … Pas de prolongations, deux prozac et au lit.

La Grande Traversée des Alpes !

Mercredi est sans conteste la journée phare de cette virée cyclopédique avec la trilogie Télégraphe, Galibier, Izoard. Soit 55 km de col absolument pas donné. Autant dire qu’après une mission pareille, le gîte se doit d’être à la hauteur. Et ce fût heureusement le cas ! Rien à ajouter sur ces cols connus et reconnus; l’étape était grandiose.

La Grande Traversée des Alpes !
La Grande Traversée des Alpes !

Jeudi, nous attaquons Vars sous un petit crachin qui a le don de te foutre le moral dans les chaussettes. Heureusement, le temps s’améliore mais j’ai toujours des douleurs variées qui m’empêchent de mettre les watts. L’arrivée suit un rituel immuable : Benjamin m’a mis une autoroute et prends quelques photos en sifflotant. Nous plongeons vers la prochaine vallée ... Elle est belle cette descente sur l’Ubaye, sauvage à souhait. Fuck, à Jausiers, la météo jusqu’alors aimable nous joue un vilain coup de Trafalgar; l’orage nous cueille et nous fait douter. Pourrons-nous basculer aujourd’hui ? Mais petit coup de pouce du destin, le temps se remet au beau pour deux bonnes heures, le temps de monter cette Bonette au sec. Cette montée est l’ultime rempart obligatoire vers la méditerranée. A partir de maintenant, nous suivons exactement le parcours en carriole vieux de trois ans avec Lucie, Anne, Julien et les enfants, de beaux souvenirs refont surface. 

La Grande Traversée des Alpes !
La Grande Traversée des Alpes !

Nous débarquons tôt à Saint Etienne de Tinée et c’est bien agréable. Au moins les affaires ont le temps de sécher pour le lendemain. Ambiance fin de trav’ à l’apéro ; demain c’est la quille ! Encore un effort, deux en fait : Saint Martin et Turini : deux cols à ne pas négliger. Après 640 kilomètres, 14 500 m de D+, 20 litres d’Orangina et 1560 putains, voilà Nice, voilà la mer, la fin … Sans transition, nous chargeons les vélos et direction Sisteron pour un plat de pieds paquets cher à Benjamin. Et oui, on n’a pas fait que du vélo, on s’est fait zizir aussi !

La Grande Traversée des Alpes !
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La Grande Traversée des Alpes !

Quelle belle ligne, quelle belle semaine forcément intense ... Je retiens une variété incroyable de paysages mérités à la sueur du front et puis aussi il faut le dire, une furieuse envie de repartir …

La Grande Traversée des Alpes !
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Rédigé par Fabrice

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Toujors plus Veet 10/08/2016 14:08

Putain c'est beau ;-) bien ouej papa, beau temps belle Maj, ça fait plaisir! A+

BigBrother 19/07/2016 18:55

Bien joué les gars, ça donnerait presque envie de se remettre au vélo de route :-)

Froome 06/07/2016 14:57

Moi je retiendrais surtout celle-là :

"une corvette manque de faucher le futur vainqueur de l’UTMB, le voilà qui pique une crise d’insulltes typique d'un syndrôme Gilles de la Tourette" !

Même pas un petit bain après la GTA, Berhault doit se retourner dans sa tombe...

Benj 06/07/2016 08:00

Well done ! Superbe MAJ. Je retiens cette phrase mythique :
"Poupou va certes être second mais c’est bien parque qu’on n'est que deux !"

Je sens que la MAJ sur passelegrandplateau va se résumé à un lien vers ici ;-)