Chute ascensionnelle

Publié le 4 Septembre 2019

Classiquement, on commence souvent l’escalade à la salle de bloc du coin. Rien de plus simple en effet ; nul besoin de connaissances particulières ni d’une grande débauche de matos ; une simple paire de chaussons et en avant Guingamp ! Et entre deux runs, bien calé sur le canap’, c’est le moment de feuilleter un bon vieux Montagne Mag’ usé jusqu’à la corde. On se prend vite à rêver jouer les Edlinger ou les Berhault … Le ver est dans le fruit, c’est décidé, demain, on s’achètera un baudar et un sac à pof !

Certes, la résine c’est bien mais voilà le moment de transférer tout ça sur le caillou du coin, de te rendre compte que la pose de pieds constitue une marge de progression certaine, de faire ta première et fameuse « manip » au relai et redescendre avec la banane pour trois jours, même si ce 5b monstre patin est le plus moche de la région. L’inscription au CAF du coin ne tarde pas et au hasard d’une librairie, tu tombes sur un vieil exemplaire des 100 plus belles. Médusé devant toutes ces murailles sépias, tu n’as plus qu’une idée en tête, Rébuffat devient ton gourou et l’été prochain, c’est sûr, tu n’iras pas en Bretagne … Juillet arrive ; Chamonix, la Bérarde et les premières courses qui claquent un peu : la Verte, le Grépon, la Meije … Les premières erreurs d’itinéraires aussi, les doutes, les manips trop lentes, les descentes nocturnes mais encore et toujours cette même banane.

Petit à petit, le jeu se corse : grandes voies dures, ski de pleine pente, glace, goulotte : la montagne technique en fait. Là, tu as la carte Platinum au vieux camp’ : double jeu de cam’, rack de broches, pitons : la totale quoi ! Tout ça pour te mettre la misère dans des longueurs parfois sordides où les protections sont souvent là pour décorer. Voilà, la porte du grand alpinisme est (entr)ouverte. Putain, tu dis bonjour à Christophe Profit dans la benne maintenant et tu contactes même Mick Souveton pour grimper ! Et puis le PG aussi, un peu trop souvent …

Chemin faisant, la famille s’agrandit, les levers nocturnes ne sont plus dédiés exclusivement à plier les approches glacières à la fraiche. Il devient de plus en plus ardu de se motiver pour des bavantes de 15h et surtout accepter ce même niveau d’engagement. Les grosses prennent donc sagement la poussière à la cave et l’été … tu retournes à Saint-Malo. Et puis c’est marrant, tu commences à refaire quelques courses des débuts mais tout est devenu plus petit, à l’instar du niveau de grimpe. Tu préfères maintenant l’éthique de Livanos à celle de tonton Rébuffat, qui d’ailleurs t’énerve de plus en plus avec ses horaires que tu n’as jamais réussi à tenir... Quand même une grande voie de temps à autres et de plus en plus de couenne … Et pourquoi donc ?? Parce qu’on peut faire des vacances avec ses enfants pardi ! Le compromis semble avantageux même s’il est toujours désagréable de faire un bon essai en entendant brailler sa progéniture ou en la regardant fébrilement tester son équilibre au bord d’un ravin. Voilà c’est décidé, ras-le-bol de toute cette logistique ! Tu achètes le dernier truc qu’il te manquait ; un … VTT ! Nan, je veux dire un crash pad ; la boucle est bouclée ;)

Tiens, si Armand Charlet, ce punk réac’ de la montagne disait que le bloc ou plus précisément les blocs de Fontainebleau étaient tout juste bon à récurer les casseroles, les parisiens, Pierre Alain en tête, ont sut trouver sur ces problèmes de quelques mètres les outils pour venir à bout de parois nettement plus imposantes, au nez et à la barbe de tous ces chamoniards grincheux.

Pour l’occasion, nous testons la vie de Bohème en camion, un Mercedes Marco Polo pour être tout à fait précis. Vitres semi-électriques, climatisation fantôme et j’en passe ; notre fidèle tagazou ne tient pas une seule seconde la comparaison avec le rutilant T6 des Pellissiers ! Marco Prolo quoi ! Et puis bon la technologie, les radars de recul, ça ne fait pas tout, n’est-ce pas Guillaume ?

Chute ascensionnelle

Pour revenir à l’activité, c’est quand même sans pitié. Quoi de moins motivant que d’essayer de lever son cul sur un mouv’ de départ abjecte ? Si comme moi, vous ne pouvez-vous exprimer qu’avec minimum 200 m de gaz sous les pieds, la recherche de l’influx peut s’apparenter à la traversée du désert. Comble du comble, une fois que vous avez enfin décollé, vous voilà à pester sur ce reta trois mètres au-dessus du crash maintenant gros comme un ticket de métro perdu dans ce champ de racines.

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Le bloc est aussi une activité difficile à appréhender pour nous autres ex-boulimiques de la grimpe quand l’intérêt d’un weekend se comptait au nombre de longueurs pliées. Là c’est un peu bizarre, finalement, on grimpe peu, dur alors de dire si c’est la direction pas trop assistée du camion ou l’escalade qui est à l’origine de toutes ces courbatures ;) Néanmoins avec un peu d’adaptation, on prend vraiment du plaisir sur ces cailloux : recherche de méthodes, travail, encouragements partagés … Bon, il faut avouer que le Val di Mello et Cresciano sont loin d’être des spots dégueux !

Chute ascensionnelle
Chute ascensionnelle

Côté vie de tous les jours, les enfants se sont bien entendus si l’on fait abstraction des quelques rounds de MMA entre Guigui et Mimile. A noter également une logistique un chouïa plus lourde qu’à l’accoutumé. Bref les vacances en camion c’est pas si reposant, heureusement que la bira moretti est souvent dans le frigo et en bonne quantité. Mais rendons à César ce qui est à César ; en camion, il est hautement probable de dénicher des park4night peinards avec vue 5 étoiles … bien loin de l’entassage de sardines qu’on peut espérer du camping. J’ai bien aimé la région aussi, ces lacs occupent avantageusement les journées de repos/transition : baignades, visites, glaces : dolce vita ! Voilà, cette petite quinzaine s’achève sur une plage du lac majeur, il est temps de repasser le Mont-Cenis. Ciao les mangeurs de macaronis ! Une boisserette pour pas perdre la main et marche arrière toute !

Chute ascensionnelle
Chute ascensionnelle

Retour à la GV et en montagne s’il vous plait. Direction les Ecrins avec Lucie pour un bon bol d’air. Nous commençons ces quelques jours de villégiature avec le Ponteil, qui par temps incertain se révèle toujours être une bonne option. Approche rapide, voies relativement courtes, calcaire haut-alpin, on est à vrai-dire jamais déçus ! Yakafocon ne dérogera pas à la règle.

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Nous mettons ensuite le cap vers Le Valgo avec une jolie voie montagne sous le Sirac : chouette coin ! Et pour finir en beauté, pourquoi ne pas rendre visite à la Dibona ? … Putain, quel plaisir de revenir au Soreiller. Aujourd’hui, il fait presque beau, presque frais et surtout, il n'y a presque personne. Cette montée au calme nous va bien, on profite nonchalamment de l’ambiance un brin automnale. En fait, remonter dormir là-haut constitue presque une fin en soi. Qui plus est, la nouvelle gardienne contraste avantageusement avec l’ancienne administration qui invitait largement à privilégier l’option hors sac. Côté grimpe, nous lorgnons sur l’éthique de la joie, un beau nom, une belle voie assurément, certes pas trop méchante mais avec un zeste d’engagement tout de même. Voilà, 14 ans après, l’arrivée au sommet de la tour Eiffel de l’Oisans est toujours aussi savoureuse … Pas mal, cette fin de vacances ou plutôt cette chute … ascensionnelle.

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Rédigé par Fabrice

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F
Un peu plus et je vendais mon rack de friends, j'achètais un pad et je faisais des gosses????<br /> Toujours un plaisir de découvrir une maj sur mp ! Le temps passe, la connerie reste. J'aime.<br /> A bientôt les cocos
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C
C'est un peu les montagnes russes ici ! Au final honnold il fait du bloc sans crash pad ;-)
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