Je vaux ce que je veux

Publié le 3 Avril 2020

A l’évidence, c’est un printemps un peu bizarre ... Un printemps où le lien social se concentre presque exclusivement dans l’activité de la diode électroluminescente indiquant les notifications de votre smartphone. Vert : message, rouge WhatsApp … Celle-ci fonctionne à plein régime depuis que ce satané covid-19 a drastiquement réduit nos périmètres de gesticulations et le flot de conneries partagées est incessant. C’est un fait, les environnements contraints ont toujours stimulé la créativité ! Bon et puis de temps en temps, cela sonne : ah tiens ça fait téléphone aussi ;)

En ces temps de confinement, c’est un peu les vaches maigres coté sport. Castaner n’aura pas mis longtemps à éteindre la maigre lueur d’espoir d’une interprétation ambitieuse des « déplacements brefs, à proximité du domicile liés à l’activité physique individuelle ». La seule soupape de sécurité consiste donc à Zwifter sur son home-trainer. Une séance de bicyclette virtuelle agrémentée d’une sueur bien réelle pour tous les cyclistes en manque d’endorphine. Rapidement, un nouveau paradigme tend à se mettre en place : boulot (pas trop), vélo, apéro.

Dès lors, comment ne pas ressentir un brin de nostalgie en évoquant les bons moments de cet hiver au grand air ? Commençons par cette copieuse saison de cascade … Voilà c’est fait, next ! Goulotte ? Une petite virée dans le bloc coincé vers Chamrousse et une timide tentative à l’Armet. Tentative d’ailleurs rapidement avortée au parking pour une sombre histoire de matériel inadéquat. Et mention spéciale au resto de la veille dont le service - Saint-Valentin oblige - était fort peu compatible avec nos horaires d’alpinistes. Bref cette année, on aura surtout varappé en milieu aseptisé, sur la résine de Corti grimpe en l’occurrence.

Il faut dire qu’une certaine émulation règne au taf et plus particulièrement au sein de ce groupe « modeligrimpe ». Tous les ingrédients sont là pour que la mayonnaise prenne ; d’abord une top salle avec de la variété et de la qualité et surtout une équipe de jeunes loups autant motivée à niaquer les arquées qu’à lever le coude au B’rock. Si en grimpe, j’arrive encore à faire bonne figure, il est en revanche plus difficile d’assumer les lendemains de soirée … Surtout quand deux petits monstres vous sautent dessus tandis qu’un semi-remorque essaye de faire demi-tour dans votre crâne … Et oui, vous avez bientôt deux fois vingt ans !

Donc cet hiver, on a surtout fait du ski, et en point d’orgue de cette courte saison de rando un beau weekend dans les Cerces en compagnie de Blaise et l’inoxydable Patoche.

La veille du départ, sans grands plans ni grandes ambitions, nous réservons notre nuitée aux Drayères. En essayant de tracer un truc sur géoportail, mes velléités de dénicher un joli cheminement dans la montagne tombent vite à l’eau. Un aller-retour pour chercher une couenne de deux-cents mètres, un vilain crochet pour revenir au refuge, bref avec l’orientation des pentes, j’ai la désagréable impression qu’on tourne pas dans le bon sens. Basta, pas le temps de finir, on verra sur le terrain ! Une seule chose est sûre, nous chausserons de Bonnenuit.

Bercés par le sifflement feutré des peaux sur la neige glacée, nous émergeons tranquillement. L’air se réchauffe également à la faveur d’une météo digne des Hautes Alpes. Cette ambiance farniente n’incite pas forcément à appuyer sur la pédale de droite. Et nonobstant la projection importante, l’objectif n’apparaît pas si loin ? Ou pas, il est quasiment midi lorsque nous quittons les skis pour franchir le verrou rocheux défendant l’accès à cette belle pente nord de la pointe des Cerces. Rapidement, la poudreuse laisse place à une croûte vitrifiée et l’exercice de couteaux extrêmes devient assez désagréable au point de mettre les crabes.

Je vaux ce que je veux

L’ambiance est alpine, on profite grave mais on commence vraiment à tirer la langue, ce fichu sommet n’est encore pas tout près ! Devançant mes compères de quelques minutes, je dois avouer qu’évoluer seul sur cette vaste carapace glacée comble instantanément mon manque d’altitude et de sauvagerie. Ayé, nous voilà réunis tout en haut de cette cathédrale calcaire. Cime où trône une croix flanquée d’un péremptoire « je vaux ce que je veux ». La vue est à couper le souffle, comme la montée d’ailleurs. A l’Est, des arêtes aériennes tels des arcs-boutants plongent vers la vallée. Au Sud un court raidar permet de basculer vers une aimable combe au soleil, c’est de ce côté que je lorgne pour la suite. Blaise voulait initialement descendre un couloir nord à vue. Certes, le couloir avait le bon goût d’atterrir directement sur le refuge mais vu la neige dans cette orientation, la perspective d’un 5.1 en béton ne m’enchante guère.

Je vaux ce que je veux
Je vaux ce que je veux
Je vaux ce que je veux

Caramba ! C’est la bonne option, nous basculons donc au soleil. Au programme un peu de transfo, de poudre et un chouïa de croûte et pour finir, un dernier coup de cul pour rejoindre les Drayères. Presque 8h de ski depuis Bonnenuit … Bonjour la bavante ! La bière au refuge est donc salvatrice, le repas aussi. Pour l’anecdote en fin de soirée, Patrice reprendra le même bouquin sur l’histoire de l’alpinisme dans la petite alcôve du salon. Un bouquin déjà parcouru lors de notre tour des Cerces à VTT, il y a bientôt quatre ans.

Je vaux ce que je veux

Après une mauvaise nuit, nous continuons à tourner autour de la montagne, finalement dans le bon sens. Nous allons chercher la Clapière pour agrémenter ce dernier jour. Du bas, aucune trace, mais ça a l’air bon. Assez rapidement, je constate que le taillage de marche demande un coup de pied viril, la poudreuse espérée n’est pas vraiment là … Un mauvais moment en perspective pour un vacciné de la pente raide façon orange mécanique.

Je vaux ce que je veux

Summit ! Le haut est donc assez impressionnant avec un petit 50 sous les spatules : erreur interdite … Quelques mètres à déraper pour reprendre la confiance et il faudra bientôt lancer ce fatidique pédalé-sauté. Ça se passe plus qu’honorablement, on ira pas jusqu’à dire que c’est le gros kiff mais les virages sont propres et secure. Le cône et les dernières pentes sont négociés jusqu’à la carbonisation totales des cuissots, le rayon de courbure de nos traces s’allongeant dangereusement. Notons que si le jeune demeure relativement insuivable skis aux pieds, Patoche n’est pas en reste : dans un style propre et efficace, il n’est qu’à quelques encablures. Le garçon n’est pas près de prendre sa retraite … sportive !

Je vaux ce que je veux

Une semaine plus tard, C’est bientôt parti pour notre petite semaine en famille dans le 05. On change de lattes, mais le plaisir reste le même. Pourtant, sur le front de neige, la vue des trois malheureux tire-culs pourrait augurer d’un certain ennui à arpenter encore et toujours les mêmes pistes. Que nenni ! Difficile de se lasser de cette superbe vue sur le Parpaillon. Difficile aussi de se lasser de la neige, tantôt grosse poudre ou billard parfaitement fraisé. Difficile également de se lasser d’une dernière descente avec sa progéniture dans ses traces …

Je vaux ce que je veux

Et puis une petite paire de slalom a agrandi le quiver. Longtemps hésité avant de craquer pour cette petite paire un peu « world cup » mais finalement accessible. La découverte de la force centrifuge à ski est tout de même grisante, la prise d’angle autorisée par ces planches est simplement diabolique ! Et sur les pistes souvent désertes de Crévoux, on peut lâcher les chevaux en toute sérénité.

Je vaux ce que je veux
Je vaux ce que je veux

La semaine a vite filé et malgré une météo mi-figue mi raison, les enfants en ont profité pleinement, skiant souvent jusqu’à ne plus pouvoir tenir debout. C’est donc à reculons que nous reprenons la route de la Croix-Haute … De retour au bercail, je repense à cette fameuse formule perchée en haut des Cerces : J’aurais plutôt dit je vaux ce que je vis non ? Voilà, quelques semaines pour y réfléchir …

Je vaux ce que je veux

Rédigé par Fabrice

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